July 2012
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“On appelle ça un ouvrier, tu vois. Et ça, jeune socialiste, tu n’en as jamais vu. Au temps de nos grands-pères, lorsque l’on avait l’honneur d’être député socialiste, c’était pour ces mecs là que l’on parlait haut, au Palais Bourbon. C’est pour eux que se battait Léon Blum, le normalien. Aujourd’hui encore, on appelle ça le prolétariat. Ça habite dans le périurbain, la France moche, comme titrait connement un magazine. On appelle ça le peuple, aussi. Le petit peuple, la France d’en bas. Pas syndiqué, ou si peu. A tort ou à raison, le dimanche en fin de journée, avec les copains, il blague: “Tu sais ce que c’est le capitalisme?” … “L’exploitation de l’homme par l’homme…”… “Et le syndicalisme?”… “C’est le contraire, mon pote!”. Alors, il rit, de ce rire frondeur et désespéré, joyeux, de ce rire qui bientôt sera tout ce qui reste de la liberté. Poussières de Valmy. Cendres de Verdun, neiges du Vercors. De l’écume, du vent.
Ils rient, ces hommes que tu ne connais pas, jeune socialiste. Ils rient comme rient les agriculteurs ruinés, perfusés, humiliés par ton Europe chérie. Ils rient, et à l’intérieur, c’est tout cassé. Comme une sous-préfecture “saccagée”, sauf que l’on ne répare pas des hommes humiliés. L’humiliation aussi, ça ne te dit rien. C’est normal, ça marche avec l’honneur, la décence commune. Il y aura des suicides, des divorces. Il y aura des familles, des vies, des enfants brisés. La machine ne fait pas de prisonniers. Ou si, pardon, elle ne fait que ça. Des prisonniers. “L’homme naît libre et partout il est…”. Mais Jean-Jacques aussi, on t’a appris à ne pas l’aimer, pas vrai?”
(source : Ragemag “PSA : l’heure socialiste” http://ragemag.fr/psa-lheure-socialiste/ )